Alain Aurenche, graine d'Ananar...

 

Et après … titre son dernier album live enregistré au forum Léo Ferré d'Ivry fin 2002, comme une harangue au temps et un défi aux règles établies. Cheveux au vent de la liberté, Alain Aurenche chante son amour des mots depuis des décennies. Cette « graine d'ananar » digne d'un Ferré, dont il fut à la fois l'ami, le fidèle, et l'enfant (musical, il va de soi), ne mâche pas ses mots et ne fait aucun compromis, quitte à le payer cher par son absence (toute relative cependant) des médias. Mais qu'importe la gloire ! Pour cet homme de cœur et d'amitié, la chanson est un porte-drapeau, et le sien, tout de noir vêtu, est aussi celui de l'amour, de la fraternité et de la musique.


Aurenche, poète de l'amitié et de la liberté (photo Jean-Marc Ayral)

Il faut le voir, Alain Aurenche, arpenter les petites salles de concerts depuis près de vingt cinq ans, la mèche sur les yeux et le regard affable. Parce que cet homme a toujours été un homme de spectacle, il s'est toujours ouvert aux autres. Dès 1963, il se tourne vers la comédie et suit des cours d'art dramatique. Ses premiers pas sur scène, il les fait au Vieux Colombier, au Théâtre Mouffetard puis dans toute la France. Durant les années 70, il assouvit sa passion de la comédie, et ses pas le guident naturellement vers le cinéma et la télévision. Lorsqu'il rencontre le réalisateur Jean Schmidt, il devient son ami, son assistant et participe ainsi au film-documentaire Comme les anges déchus de la planète Saint-Michel qui sort en janvier 1979. Ce film est fidèle aux convictions d'Alain et aborde le thème de l'exclusion à travers l'histoire de deux hommes abandonnés dans la capitale française. Autre rencontre déterminante lors du tournage : celle du compositeur Philippe Sissman, qui deviendra aussi son pianiste.

Sous son influence, Aurenche envisage sérieusement de se lancer dans la chanson. Il donne quelques récitals (à l'Air libre Montparnasse, au Lucernaire,…) et avec l'aide de Jacques Canetti (le « découvreur » de Brel et de Brassens) , il enregistre en 1982 chez R.C.A son premier album L'enfant mutant . Engagé dans la chanson comme dans la vie sociale, Aurenche ne cache pas son appartenance au mouvement libertaire, comme le firent à leur époque Brassens ou Ferré. Ses convictions le poussent d'ailleurs à chanter sur Radio Libertaire, à la Fête de l'Huma, lors de concerts de soutien à Lutte Ouvrière, ou à participer à différents festivals nationaux. C'est au cours du festival d'Alençon qu'il chante pour la première fois avec Léo Ferré en 1983. Les deux comparses, qui avaient fait connaissance en 1967, sont amis, liés avant tout par une même idéologie et le goût prononcé de l'amitié, de la chanson et de la liberté. Léo, déjà vedette depuis longtemps, donne un coup de pouce à son « élève » et l'invitera encore au fameux T.L.P Déjazet en première partie de son spectacle en 1986. Plus qu'un honneur, une consécration pour cet artiste « débutant ».

Mais Alain n'oublie pas pour autant ses premières amours et continue à travailler pour le petit écran. Il participe notamment en 1985 au documentaire La Santé, une prison dans la ville , honorant encore une fois son implication pour les exclus et les oubliés de la société (marginaux, chômeurs, prisonniers,…). Parallèlement, la chanson le mène sur toutes les routes d'Europe (Suisse, Belgique, France, Roumanie, Allemagne,…).Alain Aurenche devient rapidement une des figures de la chanson engagée des années 1980.ASur scène, il donne tout, de sa voix tantôt déchirante, tantôt enjouée. Poète, grande gueule ou « copain d'comptoir », Aurenche est tout à la fois et va droit à l'âme. Une de ses prestations, diffusée sur Paris Première en 1992, l'atteste. Il fait partie des grands de la chanson française. lors qu'il participe activement à la création du T.L.P Déjazet cher à Ferré, il trouve le temps d'enregistrer son deuxième album au titre évocateur L'amitié (1986).

Aurenche

Homme de partage, Aurenche rend aussi hommage à ceux qui font ou ont fait l'histoire de la poésie. Ses interprétations de Brel, de Ferré (La chanson du mal-aimé d'Apollinaire), de Gilles Vigneault, en témoignent. Mais c'est autour de Ferré qu'Aurenche rassemble le plus de fidèles. Il sera un des premiers à lui rendre hommage après sa mort, survenue le 14 juillet 1993. Dès l'année suivante, Alain s'investit dans la création d'un gala Salut Léo, et fonde l'association Thank You Ferré, destinée à diffuser le plus largement possible le répertoire du grand Léo, et à lui rendre hommage au travers de nombreuses manifestations culturelles. Il partage ainsi les années 1990 entre l'interprétation de son propre répertoire et celle des chansons de Ferré (son dernier spectacle 2003 reprend d'ailleurs le Et Basta de Léo).

Présent partout où la chanson vit, s'insurge, se lève et se bat, Aurenche défend son art avec force et conviction. Ses amis de lutte : Leprest, Julien ou Cora Vaucaire. Ses batailles : Bobino, le Forum Léo Ferré d'Ivry, Le Limonaire ou Le Trianon. Ses victoires : un public fidèle et de plus en plus nombreux, séduit par cette bourrasque chantée. Tour à tour émouvant, drôle ou rageur, Alain Aurenche est une source d'émotion rare.

 

© Petit dictionnaire... http://www.chansonfrancaise.net SeB décembre 2003

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